Partie tirée de "Le Lumçon, Chant lyrique, pindarique et dithyranbique,
dédié aux riverains de la Trouille, pa run élève de l'Ecole Moderne

Mons - Hoyois-Derely, Imp-Lib rue des clercs 10

ASBL Rutger Velpius - Editeur

Les chroniques monacales et s'après elles la plupart de
nos annalistes et de nos historiens rapportent qu'en 1133
un Gayant (géant), d'énorme grandeur, ravagea une partie
du Hainaut et jeta la consternation dans notre ville. On
traduisit le mot gayant par celui de dragon, et l'on
prétendit que Gilles, seigneur de Chin ou Cin goussuin de
Mons, avait attaqué le monstre, et par l'aide de la
bienheureuse Vierge Marie, l'avait vaincu et occis dans les
fonds de Wasmes où l'on montre encore aujourd'hui sa
tanière. Gilles de Chin était déjà fameux par un exploit de
ce genre (à la guerre en Syrie il lutta courageusement
contre un lion qu'il terrassa, armé de lance et de bouclier.
Gilles de Chin fût tué d'un coup de lance au siège de
Roucourt en l'an 1137). C'est en commémoration de
cette victoire fabuleuse qu'on a institué depuis la farce
du Lumçon, qui est devenu le simulacre burlesque de
ce terrible combat; on a fait de Gilles de Chin un héros
de carnaval, le paillasse de la Kermesse de Mons.
Cette fable, qui n'est pas sans rapports avec celle de
Saint-Georges, patron des croisés, dont on représentait
le combat avec le diable sous l'effigie d'un dragon, fournit
au moins l'idée d'accréditer parmi le peuple que
Saint-Georges n'est autre que Gilles de Chin (...).
Ces deux traditions apocryphes ont fini par n'en faire
plus qu'une; Saint-George et Gilles de Chin sont pour
nous aujourd'hui deux personnages identiques. Du reste
il est probable que ce prétendu dragon, qui ressemble
traits pour traits au fameux crocodile tué par
Dieudonné de Gozon dans l'île de Rhodes en 1342, n'est
(comme le Dragon de l'apocalypse) que l'emblème des
marais désséchés par celui qui l'a vaincu.
(c) Adolphe Mathieu.


"C'était un monstre affreux et d'une grandeur énorme
qui se retirait d'ordinaire à Wasmes, village remplis de
hauteur, d'enfoncements et de creux considérables, à pee
de distance de Sains-Ghislain, où passe la Haine ... La tête
de ce monstre longue de plus de deux pieds et demi,
coupée à coups de hâche, se conserve avec soin dans la
trésorerie des chartes du pays. Le coup mortel se
manifeste aux yeux de tout homme clairvoyant, cette
tête a la figure de celle d'un cheval, quoiqu'infiniment
plus grosse; elle tient du genre poisson, comme les
narines, mais surtout sa couleur le témoignent. Ses
dents enchassées dans diverses membranes, peuvent
avoir cinq à six pouces y compris leurs racines;... Nous
sommes portés à croire que c'était un hippopotame ou
cheval de rivière, monstre affreux. La proximité de la
Haine rend cette opinion très probable: ce que nous en
disent les naturalistes est tout à fait conforme à ce que
nous avons rapportés.
Les François s'étant rendus maîtres de Mons en 1694
transportèrent cette tête à Lille, mais ils la rendirent avec
les chartes du pays quelques années après, en vertu du
traité de Ryswick, après y avoir arraché quatre à cinq
grosses dents qui furent déposées au cabinet du roi
(Louis XIV)"
(c) Hossart.
"Il tua un dragon qui désolait cette province, et dont la
tanière était dans les fonds de Wasmes, à une lieue et
demie de Mons. Cette victoire est d'autant plus véritable
et mémorable, que la tête de ce monstre effroyable (la
tête d'un crocodile du Nil, probablement rapportée
d'Egypte par quelque croisé), est encore aujourd'hui
conservée avec soin dans la trésorerie des Chartres du
Païs... En mémoire de cette victoire signalée, on porte à
la procession solennele qui se fait (à Mons) le jour de la
Très-Sainte-Trinité, la figure d'un dragon entouré de
plusieurs cavaliers qui représentent le valeureux Gilles
de Chin, avec sa suite, que la corruption du language, où
plutôt l'ignorance du peuple qui tourne ce mystère en
ridicule, appelle les chins-chins. Cette même tête de
dragon fit l'étonnement des François amateurs de
curiosité; aussi sortant de Mons l'an 1697, l'avoient-ils
emportée à Lille pour la mettre dans la trésorerie de leur
païs; et ce ne fut que par une autorité suprème qu'on se
la fit rendre. Les François en ont arraché quattre ou cinq
dents d'une grandeur prodigieuse qu'ils ont retenus.
Ce seigneur magnanime fût tué d'un coup de lance au siège
de Roucourt; on l'enterra dans l'église de Saint-Guislain
avec une épitaphe dont l'écriteau confirme sa grande
valeur, ses vertus et sa victoire sur ce monstre qui étoit
d'une grandeur incroyable."
(c) De Boussu

"Cy gist noble et vertueux Chevalier, messire Gilles de
Chin, en son temps Seigneur de Berlaymont, et
Chamellaln de Haynau, ainsi par sa femme Idon Dame
de Chièvres, sieur de Sart et de Chièvres, personnage
vrayment digne de mémoire, de haut courage et
entreprise, et qui grandement fût renommé par sa
vaillandise et vertu militaire, non seulement en Haynau,
ains aussi par toute la France et Alemagne, aimé des
bons, craint des malveillants, grand zélateur de l'honneur
de Dieu et service d'iceluy, a fait beaucoup de bien en
son vivant à la maison de céans".

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